Mise en forme du plateau large d’une bague argent
Je me propose d’expliquer ici une méthode très simple, à partir d’une seule plaque de métal, qui permet de réaliser des milliers de modèles de bagues avec ou sans pierres.
Ce type de bague comporte donc au minimum une soudure qui sera faite en » V » à la base même de la bague.
Tout commence donc par une plaque qui aura été laminée au moins deux fois plus mince que l'épaisseur du lingot de départ.
Je me suis servi ici d'un lingot d'argent de 10 mm d'épaisseur et de 22 millimètres de large.
J'ai décidé qu'une épaisseur de 22/10 mm pour le plateau au centre de la bague serait d'une générosité de matière qui inspirerait confiance pour le long terme.
Je crois fermement qu'en création il faille offrir un peu plus de matière que nécessaire....Cette générosité attire, rassure et inspire confiance, ce qui explique pourquoi tous ces objets du moyen-âge nous plaisent tant....On avait dans ces époques dites dépassées plus de temps à consacrer au boulot et manifestement plus de générosité dans les matériaux qu'aujourd'hui. Il est triste que de nos jours on ait inversé ces préceptes de base. Nous sommes tous perdant... par notre faute....notre très grande faute.
Je reviens à cette épaisseur qui me permet de graver sans aucune crainte mais aussi et surtout de creuser un emplacement assez profond pour que la perle y descende suffisamment pour ne pas être trop accrochant mais aussi pour qu'elle dispose d'une assise solide et esthétique.
Il n'y pas d'esthétisme sans présence et participation de techniques bien contrôlées.....Nier cela est un piège certain pour un créateur.
Le centre fait donc 22/10 mm d'épaisseur et les deux cotés qui deviendront le corps de bague ont été eux laminés à 18/10 mm.
À noter qu'à ce stade seul le centre de ce plané est recuit et que les deux autres parties à droite et à gauche resteront pour l'instant non recuites.
Pourquoi ?
Tout simple, parce que ainsi il sera plus facile que tous les efforts visant à plier cette plaque se portent tous en priorité sur le centre plus malléable que les deux autres grandes parties qui sont elles encore écrouies par le laminage donc plus fortes que le centre même si plus minces.
En se servant de pinces en bois, on disposera de deux grands leviers....on pourra même avec un peu d'habitude s'approcher de la courbe de la grandeur de doigt recherchée. Cette opération est tout simplement facile.
Par contre la courbe que l'on obtient ainsi n'est pas réellement plane dans le sens perpendiculaire de la plaque. Pour y remédier, il faudra donc jouer du dé à cambrer avec, comme outil pour pousser fortement sur le métal côté intérieur de la futur bague, des bouterolles en acier.
Il faudra simplement prendre la précaution de bien frapper au centre avec un marteau un peu plus lourd que le marteau de bijoutier. Car, si on ne frappe pas bien au centre, on risque fort d'écraser les bords du plateau de la bague. Poser le dé à emboutir sur une lourde masse d'acier sera aussi un très grand avantage pour ce travail.
J'en profite pour dire qu'il n'est pas possible pour un bijoutier de vivre sans dé à cambrer et encore moins sans dé à emboutir....Deux outils en acier qui dureront plusieurs vies d'artisans.....Un placement plus rentable que toutes les bourses du monde...non ?
Sur cette photo, on voit bien que la longueur de la bague a déjà été coupée à une longueur bien précise.
Le calcul pour cette longueur est le suivant:
La circonférence intérieure correspondant à la grandeur de doigt exprimée en millimètre, plus deux fois l'épaisseur du plané utilisé auquel on ajoutera encore un autre bon millimètre pour la perte de longueur occasionnée par la soudure en '' V ''.
La courbure dans le haut est ici toute proche de la grandeur de doigt recherchée. C'est à cette étape que je lime un premier bord parfaitement droit et ensuite avec le compas que je trace tout le long de la plaque la largeur maximum de la bague.
Le parallélisme de la plaque est ici d'une très grande importance, car c'est en s'appuyant sur celui-ci que sera tracé au compas les quatre parties à enlever pour que la bague soit bien d'équerre dans les trois dimensions de notre monde et fin prête à la soudure de sa base. Plus le tracé sera précis, moins la perte de métal précieux sera grande. C'est non seulement une importante question d'économie de matière mais aussi un gage de rapidité d'une fabrication réussie.
Ainsi l'artisan crée et ne cesse avec son cœur tout entier de penser à la fois service de son œuvre et au bonheur du futur propriétaire de cette œuvre, comment pourrait-il être heureux autrement ?
Gros plan sur ces quelques lignes faites au compas qui, jusqu'au dessin des motifs décoratifs fait à l'encre de Chine, serviront de points de repère pour un dessin en tout point conforme au projet sur papier présenté au client.
La bague commence ici à être bien comprise.
Dès cette étape on saura si les mesures prises correspondaient bien à ce que laissait entrevoir le dessin. Bien sûr il serait à ce moment toujours temps de diminuer un peu, soit le plateau, soit le corps de bague en largeur, toujours en sachant que les lignes tracées au centre de la plaque serviraient de nouveaux de points de repère.
Sur cette question des points et des lignes de repère, je ferai un article qui tentera de ne rien oublier des très nombreuses applications de leur grande et obligatoire nécessité en création, car c'est grâce à eux que l'on peut passer d'une étape à l'autre sans s'y perdre.
La perle est maintenant bien au centre, tenue au deux tiers de son diamètre par une tige filetée en or rose de 10/10 mm de millimètre de diamètre soudée par dessous à la base argent. Cette bague comporte donc deux soudures.
Il est important dans les bijoux argent de faire toutes les soudures le plus tôt possible en cours de fabrication, pour pouvoir par le travail de la scie, du fraisage, de la lime, de la gravure et de l'émerisage enlever toutes traces de taches de feu pour se retrouver avec une surface de métal dont la brillance sera comme est celle de l'argent la plus réfléchissante de tous les métaux précieux.
À remarquer la petite dénivellation entre le plateau et le haut du corps de bague....un petit détail mais qui fera bien ressortir la forme du plateau...bientôt gravé et sculpté.....
Cette étape de gravure et de sculpture se fait à l'échoppe pointue et à l'échoppe plate, avec patience....pas d'autres solutions bien sûr, mais aussi avec de petites fraises boules et de très petits disques de papiers d'émeri à la fois pour le fond des pétales creusées et pour les lignes qui séparent les motifs de la surface plane de la bague.
En vous souhaitant de joyeuses bagues bien gravées et une très belle journée d'artisane ou d'artisan heureuse et heureux à la cheville.
Moi j'y suis aux anges.
Michel Zimmermann
Artisan Bijoutier-Joaillier
Québec le 16 Avril 2011
P.S. Ma mère aurait eu 79 ans ce 11 avril dernier, sans sa proposition de partir apprendre ce métier à Paris, je n'aurais probablement pas eu ce grand bonheur de faire ce boulot depuis maintenant tout près de quarante ans....et c'est pas fini....Je vous le dit.
Merci Raymonde.