Lingot de Palladium….Comment s’y prendre ? ( 21 juin 2010 )

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Un jour de début août en l’an 2006………..en boutique.

– Michel, j’ai pris en commande deux joncs en palladium……..

– Quoi ? Mais je ne sais même pas si je vais y arriver………………

– Je viens d’acheter du palladium, oui, mais il fallait attendre que je réussisse un premier anneau…avant de prendre la première commande en palladium…..

C’est comme ça, devant cet engagement, que quelques jours avant de livrer cette première commande, j’ai finalement, après plusieurs essais, réussi à faire mon premier lingot de palladium pour ensuite fabriquer ce premier anneau sans soudure en palladium le 20 août 2006.

Déjà quatre ans et c’est seulement maintenant que je crois avoir bien compris comment s’y prendre, comme artisan, avec les moyens habituels: un creuset, une lingotière basculante et un chalumeau oxydrique pour réussir pratiquement toujours du premier coup un lingot de palladium parfait utilisable sans crainte.

Ça c'est un lingot de palladium parfaitement raté, complètement raté, on ne fait pas mieux dans le genre.

Celui-ci est un lingot acheté aux USA, absolument parfait, mais bien sûr nettement plus cher au gramme que celui qu'un artisan peut faire lui-même. Le malheur est que ce n'est pas facile, pas facile du tout, il m'aura fallu l'observer attentivement, tenter de comprendre son comportement étrange, son immense appétit lorsque liquide à se gorger de milliers de bulles d'air et pire si l'on chauffe trop fort, se retrouver avec un réel volcan de palladium en éruption projetant des milliers de petites billes de palladium partout autour de la lingotière. Pas rentable du tout, pas efficace du tout...à ne rien y comprendre.

La même plaque acheté aux USA avec un corps de bague découpé d'une seule pièce pour un futur solitaire diamant. Mais comment faire pour produire le même plané avec les moyens habituels......qui permettent de produire facilement les lingots d'argent et d'or..... '' Observer '' disait Pierre-Gilles de Gennes, physicien français, prix Nobel (1991)...'' observer attentivement , poser ses outils et observer....''

Hé bien j'ai fini par trouver.... par comprendre.....par me servir de son propre comportement. Voilà comment je m'y prend. Le palladium fond à très haute température, et cette température de fusion est de 1554 centigrades, toute proche de celle du fer à 1538 centigrades.....16 petits degrés centigrades de différence entre lui et la lingotière, c'est peu, très peu. Et pourtant.....je vais me servir d'une lingotière de 10 millimètres d'épaisseur inclus dans l'ensemble de la lingotière à bascule. Je prépare un creuset qui ne me servira toujours qu'à fondre ce palladium, jamais à aucun autre métal...jamais. Même qu'il faut, pendant l'opération qui va suivre, éloigner tout autre creuset servant à fondre de l'argent ou de l'or sous peine de se retrouver avec des bijoux terminés en or ou en argent avec de jolies inclusions de petites billes de palladium, bon à garder en souvenirs....mais pas à mettre en boutique. Le palladium a, pas comme l'argent mais presque, comme caractéristique de devenir un peu huileux ( mais presque liquide, le phénomène est très subtil ) tout juste avant sa température de fusion théorique qui elle le rendra parfaitement liquide mais fortement avide d'hydrogène, 900 fois son propre volume, ceci étant la principale cause de tous les lingots ratés....mais une caractéristique le rendant très utile dans la fabrication de systèmes antipollution pour les voitures. Il faudra donc avant qu'il ne devienne complètement liquide le verser rapidement dans la lingotière, et c'est là que l'observation prends tout son sens. Pour bien y arriver, à cette température à peine inférieur à 1554 degrés centigrades, il faut faire tourner la flamme non pas directement sur le métal en fusion ( il deviendrait totalement liquide ), mais tout près, tout autour, pour le maintenir dans cet état huileux non complètement liquide, surtout pas......seule l'expérience vous permettra de saisir cette petite nuance. C'est cette nuance qui fera un lingot réussi ou un lingot complètement raté.... À noter que le palladium ne se met à bouillonner seulement une fois qu'il est complètement liquide, il suffit donc de le chauffer assez rapidement, mais dès que le lingot est presque liquide, de n'entretenir cet état huileux en ne chauffant que la périphérie avec la flamme du chalumeau oxhydrique très forte et très puissante. On ne peut faire cela qu'avec des lunettes noires autrement il sera impossible d'y voir quoique ce soit. Un autre détail important est de verser rapidement ce palladium en fusion ''huileuse '', dans un lingotière très épaisse (10 millimètres ), mais raccourcie en profondeur ( entre un ou deux centimètres mais de largeur variable au besoin), par une petite barre de fer en forme de '' U ''obtenue avec un simple clou laminé et de largeur identique à l'épaisseur de la lingotière, car le palladium doit se refroidir tout de suite, dès qu'il a quitté le creuset, il doit tomber tout à coté dans la lingotière, si il devait descendre trop longtemps dans cette lingotière, l'air prisonnier dans la grande colonne de la lingotière aurait tendance à se réchauffer très rapidement et à s'enfermer dans le palladium et le lingot serait alors raté.

Une fois ce lingot obtenu, il faut alors avec une masse de cinq livre, poids largement suffisant, l'écraser sur une enclume, petit à petit d'au moins deux fois moins que l'épaisseur de départ ( 10 mm ), donc dans ce cas le marteler jusqu'à environ 45/10 de millimètre...un bon exercice de précision et de force. C'est à ce moment qu'intervient le premier recuit qui permettra de laminer ce lingot à la prochaine épaisseur désirée. Ensuite il sera possible de le recuire quand bon on le voudra en fonction des efforts mécaniques à venir fait dans tout autre direction avec tout autre type de déformations mécaniques ( pliage, laminage, emboutissage, estampage, martelage, torsion, étirement etc...etc..).

Le lingot de palladium est maintenant à 4,5 mm environ et est prêt à être laminé dans un sens ou dans l'autre, mais toujours le même jusqu'au premier recuit.

La plaque a été maintenant laminé à 19/10 mm. Sa qualité, sa régularité et son homogénéité sont absolument les mêmes que le lingot, plus haut , acheté aux USA. Près de quatre ans avant de comprendre intimement ce métal rare, et sur internet pratiquement rien, rien en français, sauf dans ce site et presque rien non plus en anglais, et pour la France a fabriqué des milliers de bijoux en palladium jusqu'en 1959, ensuite on ne trouve plus de bijoux en palladium à vendre dans les entreprises françaises...que de perte de connaissances, pour ma part un grand rame....sur lequel il y aurait beaucoup à dire....j'y reviendrai un jour. Depuis ces quatre dernière années j'ai eu l'occasion d'acquérir plusieurs documents, textes et publicités sur le bel âge du palladium utilisé en haute-joaillerie française. Je les garde précieusement.

De ce plané une rondelle sans soudure deviendra un autre anneau de palladium sans soudure, un plaisir et une fierté à produire, sachant que très peu d'artisans sur terre se servent de ce métal aussi rare et aussi précieux que le platine, mais à prix plus bas...pour l'instant.

Palladium lingot 10

J'espère, avec mes explications, vous avoir aider à éventuellement vous aussi produire des pièces de bijouterie et de joaillerie en palladium, en toute liberté, en toute indépendance, entièrement à la main sans aucun moulage, ma fierté depuis plus de quarante ans. Demeurant à votre service, amis artisans, amis apprentis et amis clients, je vous souhaite à toutes et tous une très belle journée. Michel Zimmermann Artisan Bijoutier-Joaillier Québec 21 juin 2010