Chevalière en argent 925/1000 avec gravure GR

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Les chevalières sont de bagues massives dont le plateau est souvent gravé d’initiales ou de gravures héraldiques.

Pour fabriquer une chevalière durable et de belles proportions entièrement à la main, sans aucun moulage il va de soi, il faut débuter par un plané laminé relativement épais. Pour une chevalière en argent pour homme je choisi au minimum un plané à 44/10 mm voir un peu plus comme pour celle-ci, ( doigt numéro 7 1/2 ou 56 en système métrique ) , un plané de 46,5/10 mm d’épaisseur. Pour une chevalière homme en or 18 K ce sera plutôt de 42/10 mm à 45/10 mm suivant l’importance de la chevalière et sa grandeur de doigt. Pour les chevalières or pour dame bien sûr un peu moins.

Plané argent 46,5,/10 mm

Avant de passer au découpage comme le montre cette photo, à partir de ce plané recuit de 46.5/10 mm, je lamine d'un côté et de l'autre les deux parties qui deviendront le corps de bague, tout en laissant intact et de bonne largeur la partie centrale qui plus tard deviendra le plateau. Pour le corps de bague de cette chevalière argent j'ai choisi une épaisseur de 25 /10 mm qui même une fois limée, émerisée et polie mesurera au final un peu plus de 23/10 mm ce qui lui assurera une très grande solidité à long terme. Autre avantage, avec une telle épaisseur, il sera facile dans les années et décennies à venir de faire une éventuelle mise à grandeur par martelage sans pour autant affaiblir de trop le corps de bague.

La largeur du corps de bague prévue est de 7 mm. Là aussi cette largueur généreuse permettra de facilement remettre à neuf cette chevalière à très long terme.

À remarquer que je me suis servi d'une équerre à chapeau pour tracer au centre du plané les bords parallèles de ce rectangle sur lequel sera inscrit plus tard le tracé du plateau ovale. Puis d'un compas à pointe sèche pour délimiter d'un côté et de l"autre la largeur du corps de bague. Les quatre courbes, tracées au feutre, reliant tous ces traits ne sont qu'elles aussi provisoires. L'essentiel à cette étape étant de disposer de masses réparties de manière égale par rapport aux axes nord et sud du plané de départ, de sorte de pouvoir marteler le moment venu sans que cette chevalière se mettre à se vriller plus ou moins.

À cette étape comme à toutes les étapes de fabrication il est extrêmement important, de toujours agir avec rigueur et le respect du temps nécessaire pour avancer avec certitude et précision.

Plané laminé vue de profil

Lors du laminage des deux côtés de ce plané, de par le diamètre des rouleaux du laminoir, se crée naturellement une courbe progressive entre le centre de 46.5/10 mm et les deux côtés laminés à 25 /10 mm. Toujours pour assurer plus tard lors de la mise en forme de la chevalière par martelage une parfaite égalité des masses à la gauche et à la droite du plateau, il est très important que la limite visible laissée par chacun des passages au laminoir sur le dessus du plané soit toujours de parfaite symétrie. Cette précaution, pouvant sembler peu importante, est pourtant essentielle pour avancer et conserver tout le long de cette fabrication des repères précis dans les trois dimensions de l'espace.

La bijouterie-joaillerie étant plus proche de la sculpture que de la mécanique, il est primordial de toujours '' savoir '' contrôler d'une étape à l'autre toutes les lignes extérieures d'un bijou vue de face, de profil et de côté.

Pliage brut de la chevalière

Même si il est possible de plier une chevalière sur un dé à cambrer en acier via des bouterolles aussi en acier, il est nettement plus prudent pour ne laisser aucune marque de le faire via un support en bois et des bouterolles en bois. Le buis de par sa dureté étant l'idéal pour ces dernières. Une masse de trois livres ou un marteau très lourd seront d'une très grande efficacité. Le marteau de bijoutier étant ici nettement trop léger. L'idéal pour cette étape étant de le faire sur une enclume ou une lourde masse en acier, histoire de ne frapper qu'un petit nombre de fois pour une déformation efficace.

À noter que j'ai déformé cette chevalière après seulement un simple recuit. Pour une plus grande facilité j'aurais pu choisir de recuire cette masse à l'alcool de bois, ce que je ferais fort probablement pour une même chevalière en or 18 K, alliage nettement plus résistant à la déformation qu'une même masse en argent 925/1000.

Recuire encore...

Une fois cette forme obtenue, un recuit de plus permettra de refermer relativement facilement avec un marteau de bijoutier les extrémités du corps de bague sur un triboulet à forger ( triboulet plus long et donc plus lourd que le triboulet gradué usuel en atelier ) .

Première soudure provisoire

Cette première et avant dernière soudure, faite à angle droit, n'a comme seul objectif de pouvoir marteler la chevalière pour lui donner une forme intérieure la plus ronde possible sans nécessairement arriver de suite à la grandeur de doigt commandée. Ce travail se fait via de très nombreux coups de marteau de bijoutier, idéalement sur un triboulet à forger.

Martelage

Le martelage d'une chevalière se fait essentiellement sur deux zones.

La première sur tout le corps de bague avec des coups de marteau nettement plus forts et plus appuyés dans le haut du corps de bague ( zone du corps plus épaisse qu'à sa base ) sans toutefois AUCUNEMENT toucher le point de jonction entre le plateau et le corps de bague.

La deuxième zone à marteler fortement est celle du centre du plateau. Le plané y étant le plus épais, il faudra par un martelage puissant ( et précis ) contraindre cette masse à épouser parfaitement la rondeur du triboulet. Cette étape est bruyante, énergique et plus courte qu'on ne le penserait, mais O combien agréable car devant nos yeux se profile une masse digne d'une future belle chevalière.

Gros plan sur la chevalière martelée

Rien n'oblige à cette étape que le plateau soit complètement plat sur le dessus. ( Il sera limé à plat plus tard, une fois la mise à grandeur définitive faite ) L'essentiel pour l'instant étant que l'intérieur de la chevalière soit bien ronde et de forme extérieure régulière.

Deuxième et dernière soudure

Une fois enlevé à la scie la longueur de métal en trop, visant cette fois une grandeur de doigt un peu plus petite que celle demandée, je fais cette deuxième soudure fait en V ( une soudure qui offre environ 40 % plus de surface de contact qu'une soudure à angle droit, ce que je fais pour ainsi dire systématiquement sur tous mes corps de bague nécessitant une soudure ).

Ainsi une fois cette soudure faite, je pourrai par un nouveau martelage donner partout une forme intérieur bien ronde et m'arrêter un tout petit avant la grandeur de doigt commandée. ce qui me permettra une fois fait un solide émerisage intérieur et éventuellement un dernier martelage avec un maillet de bois d'atteindre pile la grandeur de doigt commandée.

Jonction quasi parfaite avant soudure

Avant de refermer cet ajustage je prends toujours soin d'y mettre à l'intérieur une petite quantité de collobore ( borax ) de sorte à ce que partout le borax en fusion permette à la soudure de couler sur un métal non oxydé. Ainsi, en principe, la soudure rempliera la totalité de cet infime espace laissé entre ces deux surfaces ajustées en V, brutes de lime.

Tête en bas

Tête en bas et logé au coin d'un petit mur à angle droit en matière réfractaire, je m'assure ainsi de faire monter très facilement en température cette chevalière de sorte à ce que coule aisément le paillon de soudure.

À noter que je fais toujours mes soudures en deux étapes. la première consistant par la flamme du chalumeau à ce que devienne visqueux tout le borax, me prouvant aussi par la même occasion que mes ajustages et mes montages, souvent liés avec du fil de fer, n'aient en rien bougés, et alors dans un deuxième temps de poser avec la pointe d'une brucelles fine en bonne place mon ou mes paillons de soudure boraxés collant tout de suite sur une surface encore bien chaude, et dès lors avoir la certitude que mon ou mes paillons fondront uniquement là où je l'ai décidé et pas ailleurs. Ainsi à peu de chose près, je ne rate que très rarement mes soudures. Un réel gain de temps.

Gros plan sur cette soudure.

Le collobore, nom d'un borax français, grand classique dans tous les ateliers parisiens et de Navarre ( vendu en bouteille d'un litre ) est d'une grande efficacité, d'un usage extrêmement pratique et de prix fort abordable. Si vous le pouvez je vous recommande d'en mettre de côté quelques litres histoire d'avoir la certitude d'en disposer pour au moins une cinquante année de bonheur en atelier. ( En vente chez la majorité des marchands d'outils français en prenant soin de comparer les prix, allant du simple à plus du double avant de commander. )

Limer une forme de base, partout bien droite

La chevalière étant maintenant au bon diamètre intérieur et ne nécessitant plus du tout de martelage, il faut maintenant limer le plateau bien à plat ainsi que le corps de bague. À cette étape il est important que soit bien délimité en largeur et en longueur le dessus du plateau sur lequel devra s’inscrire avec précision la forme ovale prévue, ainsi donc nous avons la certitude qu'elle sera parfaitement dans l'axe de la chevalière. Plus tard, des chanfreins serviront de guides pour limer un corps de bague fidelis ( nom donné au dessus d'un corps de bague ou d'une alliance légèrement courbé tout en conservant des bords droits ) et un joli plateau ovale.

Premier chanfrein

Ce premier chanfrein fait en angle avec une lime triangle moyenne permet comme par magie, sans effort et avec une grande régularité de faire apparaître l'ovale du plateau. Ainsi à partir de ces limites imposées, il sera facile de limer définitivement les deux bordures concaves venant frôler les parties nord et sud du plateau ovale. Il est capital pour contrôler avec satisfaction complète la progression des volumes de toutes pièces de bijouterie ou de joaillerie de prendre le temps de se créer des lignes de repères faites essentiellement de la jonction de deux surfaces..

Vivent les chanfreins, guides merveilleux et ultra efficaces.

Gros plan sur le chanfrein

À noter que le chanfrein contourne bel et bien l'ovale. Ce petit passage reliant le corps de bague entre l'est et l'ouest à comme objectif, assez subtil il est vrai, ( et si souvent absent sur une majorité de chevalière ) d'encadrer totalement d'un angle de lumière toute la périphérie du plateau. Par la même occasion ce chanfrein protégera cet ovale des coups éventuellement reçus au nord et au sud lorsque la chevalière sera portée.

Poinçon de maître

C'est à cette étape que je choisi généralement d'apposer mon poinçon de maître ( représentant un drille, outil symétrique et traditionnel qui est aussi pour moi un signe de totale liberté, fonctionnant sans électricité ) , car il est préférable de ne pas l’oublier et de devoir le mettre une fois le bijou poli et complètement terminé.

Faire un chanfrein tout autour du corps de bague

Ce deuxième chanfrein, fait des deux côtés de la chevalière va permettre comme repère bien précis de limer en douce courbe le corps de bague tout entier.

Forme générale presque terminée

Beaucoup de chevalières s'arrêtent à ce type de forme, Une courbe généreuse et convexe venant se terminer tout contre le haut du plateau. Beau travail bien classique...mais...pour ma part je choisi de créer en plus une petite zone concave entourant sur une courte distance les bords droit et gauche du plateau, deux zones qui, pour ceux qui comprennent l'expression, '' fausse palmette '' leurs diront quelque chose. Expression reliée à la partie haute des corps de bague qui rejoignent à mi chemin via une petite zone concave le bord d'une sertissure ou du chaton d'un solitaire. Une question d'élégance, de lumière s'élançant pour encadrer avec douceur le centre d'une bague mis ainsi en vedette totale.

Avec une lime feuille de sauge relativement rude ( grain numéro 0 )

Pour créer cette zone, je lime un troisième chanfrein, cette fois sur une courte distance sur les bords de la chevalière, tout près du plateau, puis je lime en biais, en croisant les traits, avec cette lime feuille de sauge de sorte à faire plonger légèrement en creux la lumière qui une fois polie entourera en douceur e plateau. Je fais de même depuis quelques années pour toutes mes chevalières, argent ou or, peu importe la forme du plateau, toutes les méritent.

Gros plan sur cette subtilité

Peu de métal enlevé, mais une fois polie, et la chevalière devant soi, cette petite et modeste étape fait une grande différence.

Prête pour la gravure

Maintenant il s'agit de ne surtout pas déraper en gravant ce plateau de chevalière, car il sera virtuellement impossible de réparer par de la soudure le moindre mauvais geste. Donc, à faire dans le calme, peu importe le temps qu'il en coûtera.

Prête pour la livraison

Quinze grammes cinquante d'argent 925/1000 et un peu plus d'une dizaine d'heures de travail. Beaucoup plus de photos et d'explications j'aurais pu faire. L'essentiel étant pour moi, comme artisan totalement libre, de partager et surtout d'expliquer avec masse d'arguments toutes mes intentions et mes techniques classiques de bijoutiers-joailliers qui,depuis longtemps, tout près de cinquante années, a décidé de ne jamais tourner les coins ronds ( expression québécoise ), de tout fabriquer à la main sans aucun moulage, et surtout de ne jamais faire de compromis, ni de travailler des métaux précieux de bas titre, ni de sertir de la verroterie ou des pierres de synthèses. La vie est trop courte, pour ne pas le remplir uniquement de sérieuses authenticités.

Nous sommes le 17 juillet 2021, période folle que nous n'oublierons certes pas, mais qui plus que jamais, sans manquer de courage doit nous motiver à fabriquer uniquement de la beauté, du solide, du respectueux, peu en importe la gamme de prix, peu importe le temps y étant consacré à chaque fois.

Magnifique journée à toutes et à tous.

Michel Zimmermann

Artisan Bijoutier-Joaillier

Vieux Québec