Perfection
PERFECTION
Voilà un mot qui doit reprendre toute sa place, un mot que parfois tristement on cherche à affaiblir ou même éventuellement à rendre nul le louable objectif qu’il représente.
Pour bien comprendre le sens de ce mot et ne pas le détourner par une démagogie simpliste, il faut absolument passer par son étymologie. Le mot » perfection » vient du verbe latin » perficio » dans lequel » ficio » est la forme du verbe faire » facio, facere ». Le préfixe » per » traduit l’idée d’une action menée jusqu’au bout. Parfait signifie donc » Ce qui est fait jusqu’au bout totalement ».
La perfection est donc un objectif, un projet de l’esprit qui, une fois bien déterminé toutes ses composantes, nous servira de guide jusqu’à en atteindre sa plénitude, du moins de tout faire pour s’en approcher au plus près.
Pour se convaincre, si il le fallait, que cette perfection existe bel et bien, il suffit d’évoquer tous ces milliers de grands créateurs en musiques, en peintures, en architectures, en cuisines et en autres métiers qui nous ont laissés et nous laissent encore en héritage ces millions d’œuvres d’art si admirables, celles-là même qui nous font voyager de par le monde, virtuellement ou non. Comme a dit avec raison mon fils Pierre visitant dernièrement de nombreux musées en Europe : » Ils sont balèzes ces artisans ».
Dès lors, il faudra bien accepter que pour atteindre cet objectif de perfection cela demandera du temps, souvent bien plus que prévu. Que cela demandera aussi du respect pour chacune des étapes et des efforts à mettre en action pour atteindre cette finalité.
Accepter de prendre le temps, de surtout prendre tout le temps nécessaire, est bien là la condition première de cet engagement. Étant mortel, moi comme vous, comme nos ancêtres, l’engagement de sa vie à se consacrer à ce qui peut être fait au mieux est logiquement ce à quoi une philosophie de générosité devrait nous conduire. À quoi bon la quantité, si ce n’est que pour accumuler et diffuser des insatisfactions et des déplaisirs dont on ne voudrait pas soi-même.
La deuxième condition étant la pleine connaissance des techniques et des méthodes à mettre en œuvre pour que la progression vers cet objectif se passe comme elle se doit, sans accident, ni même incident, comme pour une amoureuse balade idéale en un chemin tranquille sous un soleil radieux, le couple étant ici l’œuvre et son créateur.
En admettant qu’une personne possédant la connaissance des techniques en question, mais choisissant sciemment de ne pas prendre le temps de faire au mieux, de ne pas poursuivre cette perfection pour de vrai, son choix deviendrait alors une malhonnêteté, un désir de se satisfaire de l’apparence, en se disant que les profanes n’y verront que du feu, pire que ce sera bien suffisant pour ceux-ci. La négation même de la perfection devenant un argument prétendument suffisant pour se dédouaner des efforts et du temps non consentis. Triste non ?
L’artisan ou le créateur en tout métier, en toute profession, devrait avoir à cœur de tout expliquer de sa philosophie, de tout dire de ses principes précédant toutes les formes de mise en œuvre, bref de présenter clairement tout de sa pratique, ainsi par une transparence idéale, il placera alors sa clientèle, ses amis(es), sa famille ( et lui-même ) en capacité de comprendre si oui ou non ils auront été respectés en tous points.
Le respect est une question d’amour et en ce sens ne peut, ne doit pas se satisfaire de superficialité. Le respect sous-entends donc automatiquement que la vérité soit mise au jour en sa totalité, tant pour les questions esthétiques que pour les questions techniques, les deux étant parfaitement toujours imbriquées les unes aux autres, comme le confirme l’origine latine même du mot art. Art, un autre mot qui demanderait lui aussi de longues pages d’écriture.
Vouloir être aimé, vouloir être apprécié est semble-t-il bien naturel, mais est-ce la chose prioritaire pour un mortel ne possédant que vingt-quatre heures par jour ? Le plus important, le plus beau, le plus valeureux n’est-il pas de mettre au monde de la perfection, de la beauté ? Ne serait-il pas logique, de chercher à offrir sans compter à toutes et à tous ces perfections possibles, où qu’elles puissent bien se retrouver par la suite, avec comme seul préférable et prioritaire objectif que chacune de ces » perfections », modeste ou complexe, abordable ou de grand prix apporte à long terme uniquement du bien à ses semblables.
À quoi pourrait bien servir la vitesse ou la quantité, si ce n’est que pour accumuler des objets qui, analysées un à un, n’obtiendraient pas la note de passage ?
Prétendre que la perfection n’existe pas ne peut donc être en rien la base d’une belle philosophie qui puisse guider une vie heureuse, ni pour soi et encore moins pour autrui, bien au contraire. Car plus que soi dans cette histoire, c’est bien autrui qui doit primer. En toute logique nous sommes nous mêmes nécessairement l’autrui des » autres » et à ce titre nous aurions à souffrir de philosophies que nous jugerions de bon droit de faible générosité.
Pourtant, sur cette terre, naturellement tout nous pousse à rechercher la beauté, la paix, le calme, la plénitude, bref la perfection en tout et au plus près. Nous le méritons bien dit la publicité, oui bien sûr, mais, comme êtres mortels, nous en avons surtout une obligation, l’obligation de la faire naître par tous les gestes de notre vie. Tourner les coins ronds, dire que tel ou tel aspect non visible, non perceptible par la clientèle n’est pas si important est de l’ordre de la malhonnêteté, matérielle comme intellectuelle.
Bien, sûr, je ne suis pas parfait, j’aimerais pourtant bien croyez moi, mais justement me sachant malheureusement imparfait, limité en trop de choses, je me fais quotidiennement ce devoir de mettre toutes mes énergies à tout mettre sur la table, à tout raconter, à tout expliquer de mon métier et seul à la cheville de rechercher, minute après minute, cette perfection, celle qui n’est rien d’autre que ce désir d’aller JUSQU’AU BOUT de ce que je sais qu’il est possible de mettre au monde, sans tricher, sans me mentir à moi-même.
Un texte un peu long, pas si bien écrit peut être, mais je pense malgré tout avoir expliqué ce que je comprends de la perfection, mot que je n’ai pas inventé mais que je vous dois tout de même par respect et par amour.
Belle et …. parfaite journée.
Michel Zimmermann
Artisan Bijoutier-Joaillier
Québec 21 avril 2015